


Quand l'AMISEP CPH service Asile-Réfugiés, nous a contacté pour ce projet,
nous avons tout de suite su que l'expérience serait très intense....
Nous aimons les rencontres, collecter des histoires, les raconter, essayer de les mettre en valeur,
devenir haut parleur de la parole que malheureusement on a souvent du mal à entendre.
C'était la première fois que nous menions une action avec un public dont, pour certains, nous nous partagions pas la même langue,
pour tout le monde, les mêmes codes culturels.
Alors comment se rencontrer, comme se raconter ?
Dans les premières séances nous avons utilisé des images :
d'abord proposées par nous mêmes, puis cherchées par chacun.e sur internet grâce au pôle media, ici à Kenere, pour raconter son pays d'origine, le faire découvrir aux autres.
Des images, nous sommes passés aux objets. Se raconter à travers les objets est souvent plus facile. Tenir dans les mains un objets du quotidien nous fait tout de suite remonter à la mémoire tant d’anecdotes !
Grâce au partenariat avec Emmaüs, nous avons invité les participant.e.s à effectuer des « courses poétiques » : d'après une liste de courses décalée (ex. : Un objet qui te fait penser à "être ensemble", un objet qui te fait penser à la solitude / Un objet qui te fait penser à "partir de chez soi"
Un objet qui te fait penser à "arriver ailleurs").
Très vite nous sommes venus à parler de ce qu'on amène quand on part.
Certain.e.s ont fuit leur pays les mains vides, d'autres ont tout perdu pendant le voyage, le manque de souvenirs tangibles est soulevé par tout le monde comme une peine... nous avons alors eu l'envie de proposer la création de boîtes à souvenirs.
Après un entretien individuel pour retracer l'histoire de chacun.e nous avons proposé des ateliers d'arts plastiques pour la réalisation de la boîte et un petit texte écrit par nos soins pour l'accompagner.
Cela nous a semblé important de dire à quel point chaque rencontre nous à marqué et ces textes en sont témoins.
Nous avons appris que habiter, évoluer entre deux mondes est un exercice qui demande l'attention continue de l'équilibriste, la confiance en la vie pour se relever à chaque fois que l'on tombe, l'amour pour le lieu qui nous a vu naître et la curiosité et la gratitude pour celui qui nous accueil.
Nous avons rencontré ceux qui tiennent toujours débout, malgré les épreuves.
Ça force l'admiration, c'est inspirant. Cela a été pour nous une leçon de vie et de courage.
Nous remercions tous les participants (public accompagné et professionnels ) de nous avoir fait confiance et offert avec tant de générosité des petits bouts de leur mémoire.
Le service CPH- Asile réfugiés pour les échanges constructifs et la participation enthousiaste .
Un énormes merci aussi aux médiathécaires de Keneré qui nous ont pas seulement accueilli, mais se sont investies dans les ateliers, nous ont proposé des belles découvertes autour de la lecture pour les enfants des familles accompagnées, de l'écoute musical et de la richesse de ce lieu en générale.
Et une pensée aussi pour tous.tes les traducteur.ice.s qui nous ont accompagné par téléphone pendant les entretiens individuels, qui ont eu l'attention de vouloir comprendre le projet, ont fait l'effort de traduire sensiblement chaque souvenir, on partagé avec nous les silences chargés en émotions.
Mais surtout plein de gratitude pour cet « effet collatérale » inattendu, cette belle surprise : au four et à mesure de nos échanges, nous avons eu l'impression que quelques chose en nous se réparait.
Dans une époque où nous sommes ballottés par la multitudes d'informations qui nous déstabilise et qui tend à fragiliser la confiance en l'autre, cadenasser notre esprit d'ouverture, favoriser l'entre-soi, cette expérience nous a donné tant d'espoir, de force et d'optimisme.
Si on peut œuvrer pour que le monde de demain puisse ressembler à ce riche mélange, alors œuvrons et ce sera un bien joyeux travail !
Amalia Modica et Philippe Martini


